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Le
starets Silouane, de son vrai nom Syméon Ivanovitch Antonov, naît
dans un village de la Russie (Chovsk) en 1866, c’est-à-dire
une année après la publication des célèbres
Récits d’un pèlerin russe. Sa famille est typique
de la paysannerie russe, simple, pieuse et nombreuse - il a quatre frères
et deux soeurs. Lui-même va mener la vie habituelle, " normale
", d’un jeune rural de son temps. Ainsi, il reçoit une
éducation très rudimentaire - à peine deux hivers
de scolarité. Il fait, comme le Christ, un apprentissage de charpentier.
Il ira à l’armée, où il servira dans le bataillon
de génie de la garde impériale. Physiquement, le starets
Silouane est conforme à l’image qu’on se fait traditionnellement
du moujik, un solide, fort et grand gaillard, doux et paisible de tempérament,
ce qui ne l’empêche pas de se bagarrer à ses heures,
d’aimer bien boire et manger, sortir avec les filles, jouer de l’accordéon,
faire la fête. Il est une telle force de la nature qu’il peut,
dit-on, boire trois litres de vodka sans rouler sous la table, ingurgiter
sans problèmes, un jour de Pâques, une omelette faite de
50 oeufs ! Bref, jusqu’ici pas vraiment de quoi nourrir la verve
poétique, le goût du merveilleux, du miraculeux et des légendes
dorées des hagiographes byzantins. Du moins extérieurement.
Car la vie intérieure de notre saint est d’un autre ordre.
Pour la caractériser, je dirais qu’elle est, dès le
départ, marquée par un mouvement qui est, pour le starets
Silouane comme pour l’Archimandrite Sophrony, le coeur même
de la croissance et du chemin ment spirituels. Cette dynamique, c’est
une forme de synergie - de coopération entre la volonté
de Dieu et la volonté de l’homme - en trois temps : don de
la grâce, perte de la grâce et recouvrement de la grâce.
Je crois que toute personne engagée sur la voie du Christ a, peu
ou prou, à des degrés divers, consciemment ou non, fait
cette expérience, vécu ces trois moments.
Premier moment : le don de la grâce. Le starets Silouane écrit
: " Avant d’être touché par la grâce, l’homme
vit en pensant que tout est bien, que tout est en ordre dans son âme.
Quand la grâce le visite, il découvre soudain une tout autre
demeure en lui. " Une autre demeure, c’est-à-dire un
autre espace intérieur, éclairé et révélé
par le Saint-Esprit. Une découverte qui change sa vision des choses,
renverse, inverse la perspective de son existence.
Généralement, ce premier don de la grâce est gratuit.
Le Seigneur dont Silouane dit qu’il nous aime plus qu’une
mère aime ses enfants, car il n’oublie jamais personne -
se fait connaître en premier, par pure bonté -c’est
pour cela d’ailleurs que l’on peut le chercher. Dans cet état
de l’être, l’homme est comme Adam au Paradis. Tout semble
facile, harmonieux, agréable : vivre avec son prochain, prier,
aller à l’église. On est plein de zèle, comme
porté, inspiré, aspiré vers le haut, dans une forme
de félicité pascale.
Le problème, c’est que cet état intérieur,
le plus souvent, ne dure pas. Je me souviens toujours de ce que me disait
le Père Sophrony, peu après ma conversion au Christ et ma
découverte de la tradition orthodoxe : " On ne s’installe
pas au milieu de la mer Rouge. On la traverse, et, après, vient
le désert. Quarante ans de désert ! " De même,
les apôtres Pierre, Jacques et Jean n’ont pas pu planter des
tentes sur le Mont Thabor. Ils ont dû redescendre dans la plaine
et, pire encore, ils renieront et fuiront le Christ après son arrestation
et sa crucifixion. C’est le deuxième moment de la croissance
spirituelle : la perte de la grâce. Pourquoi ? Manque d’expérience
spirituelle, de vigilance, d’attention. Mais aussi épreuve
que Dieu, dans sa mystérieuse pédagogie, peut nous envoyer
pour affermir notre âme dans la foi et l’humilité.
Plongé dans un monde marqué par les conséquences
de la chute, en proie à la faiblesse de la chair, l’homme
n’arrive pas immédiatement à l’" impassibilité
", le repos de l’âme en Dieu. Son état intérieur
est fluctuant. Tôt ou tard, la joie pascale qu’il a pu connaître,
l’inspiration dans laquelle il baigne, l’action de l’Esprit
Saint en lui s’atténue pour finir par disparaître.
Victime de ses passions, il perd la grâce. Il a le sentiment que
Dieu le lâche, que l’Esprit Saint le quitte, du moins sous
sa forme tangible, perceptible. Car, " en réalité ",
comme le dit le Père Sophrony, " ce n’est pas une complète
perte de la grâce, mais subjectivement l’âme ressent
la diminution des effets de la grâce comme un abandon de Dieu ".
Il est vrai qu’il suffit d’un rien, un simple mouvement d’orgueil,
une pensée de vanité ou de jugement d’autrui, un retour
complaisant de la conscience sur elle-même, pour que le coeur se
ferme et se durcisse, que les mauvaises pensées - racines du péché
- naissent dans l’âme, que l’esprit s’obscurcisse,
que " la main gauche ruine ce que la Droite du Seigneur envoie ".
Tout alors devient pénible. L’envie de prier diminue, la
tension et l’attention spirituelles se relâchent. Les relations
avec autrui se compliquent.
Parfois, ce sentiment d’abandon est tel que l’homme sombre
dans l’acédie, cette maladie bien connue des moines que le
Père Sophrony définit par " l’absence de souci
pour le salut (...), la perte de la conscience que Dieu veut nous donner
la vie éternelle ". Le ciel alors se voile. Les horizons se
bouchent. Loin de chercher à s’élever vers Dieu, la
vie se limite aux besoins quotidiens, aux passions du monde et aux actes
routiniers.
D’où la question suivante, cruciale et caractéristique
du troisième moment : Comment retrouver la grâce qu’on
a perdue ? C’est là qu’intervient l’ascèse,
le travail sur soi-même, la transformation intérieure par
le repentir, la conversion perpétuelle, la prière, le jeûne,
la garde des commandements du Christ, l’apprentissage de l’humilité.
Ici, nous dit le starets Silouane, l’homme entre dans une guerre
contre l’Ennemi et contre lui-même. Un combat impitoyable
qui ne va pas sans effort ni souffrance. Pensons, à titre de comparaison,
aux mille jours d’enfer intérieur que saint Séraphin
de Sarov a passés sur sa pierre. Pour pouvoir, comme lui, dire
" ma joie " à chaque personne et irradier la lumière
de l’Esprit Saint, pour pouvoir, comme Silouane, embrasser le monde
entier d’un regard de douceur, d’amour et de compassion, il
faut, d’une certaine manière, en payer le prix. Le Père
Sophrony écrit : " Insondables sont les profondeurs de la
vie en Christ. On ne peut les assimiler qu’au cours d’un long
processus, qui requiert une grande tension intérieure et tous nos
efforts. Douloureux est le combat que nous devons mener pour nous dépouiller
des passions qui font obstacle à la venue de la Lumière.
Si on perd le Saint-Esprit, on peut le retrouver, mais seulement au prix
de nombreuses larmes, de longues prières ".
C’est exactement ce que le starets Silouane va vivre. Mais, évidemment,
avec une intensité, une violence, à la mesure de la grâce
et des forces que Dieu va lui donner.
À
l’âge de quatre ans, après la visite d’un marchand
de livres ambulant qui prétend dur comme fer que Dieu n’existe
pas, le petit Silouane est troublé. Le doute s’insinue dans
son esprit. Et il se dit : " Quand je serai grand, j’irai chercher
Dieu par toute la terre. "
Quinze ans plus tard, alors qu’il travaille sur un chantier, il
est touché par le témoignage de la cuisinière de
l’équipe, qui revient d’un pèlerinage sur la
tombe d’un saint, où elle a vu s’accomplir des miracles.
Il se dit : " S’il est saint, c’est que Dieu est avec
nous, et je n’ai as besoin de parcourir la terre pour le trouver.
" À cette pensée, qui est une vraie grâce, son
coeur s’enflamme d’amour pour Dieu. Silouane a trouvé
la foi. Il se convertit. Sa vie change. Il prie beaucoup en versant des
larmes et il éprouve, pour la première fois, le désir
de devenir moine. Mais son père lui dit qu’il doit d’abord
faire son service militaire.
Cet état exceptionnel, cette première grâce va durer
trois mois, puis s’évanouir peu à peu. Silouane reprend
une vie ordinaire, mondaine pourrait-on dire. Il va même commettre
deux grands péchés, puisqu’il couche avec une fille
(sans être marié) et que - au cours d’une bagarre -
il frappe si fort le jeune cordonnier du village qu’il manque de
peu le tuer.
Mais Dieu, qui l’a élu, n’abandonne pas le jeune homme.
Quelque temps plus tard - nouvelle grâce - il l’appelle à
nouveau à travers une vision. Assoupi, Silouane rêve en effet
qu’un serpent se glisse dans sa bouche et pénètre
son coeur. Il se réveille, dégoûté, et il entend
une voix, très belle et très douce, qu’il reconnaît
comme celle de la Mère de Dieu : " Tu as avalé un serpent,
et cela te répugne. Moi non plus je n’aime pas voir ce que
tu fais. "
Cette seconde grâce est déterminante. Silouane, à
nouveau, se repent, mais plus profondément que la première
fois. Un sens aigu du péché s’éveille en lui.
Sa vision du monde, sa vie quotidienne, ses rapports avec les autres,
tout se transforme. Il fait son armée et, après être
allé demander à saint Jean de Cronstadt de prier pour lui,
il se met en route pour le Mont Athos - haut lieu du monachisme orthodoxe
- où il arrive en 1892. Il a 26 ans. Il devient moine au monastère
russe de Saint Pantéléïmon, véritable cité
qui ne compte à l’époque pas moins de 2000 moines.
Loin de tout, coupé du monde, le Mont Athos est-il le havre de
paix et de stabilité auquel il rêve ? Il le croit. Mais il
se trompe. Car l’alternance de grâces et d’abandons
de Dieu qu’il a connue dans le monde se poursuit de plus belle,
avec même une intensité redoublée.
Ainsi, dès son arrivée, après s’être
confessé, c’est plein de zèle que Silouane commence
sa nouvelle vie de moine, se lance dans l’ascèse. Mais tout
de suite, il est assailli de tentations charnelles, envahi de pensées
obsédantes qui lui suggèrent de retourner dans le monde
pour s’y marier.
Un nouveau combat s’engage. Il lutte contre ces pensées,
se repent, décide de prier sans relâche. Trois semaines plus
tard, alors qu’il prie devant l’icône de la Mère
de Dieu, il reçoit - nouvelle grâce exceptionnelle que la
plupart des ascètes n’obtiennent généralement
qu’après des années et des années de lutte
- le don de la prière incessante. La prière de Jésus,
" Seigneur Jésus Christ, fils de Dieu, aie pitié de
moi, pécheur, " entre dans son coeur, se met à jaillir
d’elle-même, sans effort, jour et nuit, accompagnée
de larmes.
Silouane vient - par la grâce de Dieu - de faire un bond sur l’échelle
de la sainteté. Mais le risque de tomber n’en est que plus
grand. Ce don, associé aux compliments de ses frères qui
apprécient sa compagnie et la qualité de son travail, fait
naître en lui des pensées de vanité, d’autosatisfaction.
Il pense qu’il vit une vie exemplaire, que ses péchés
lui sont pardonnés, bref qu’il est un bon moine. Et à
nouveau, c’est la tourmente, le combat intérieur contre toutes
sortes de pensées, de passions qui tantôt l’exaltent,
tantôt le plongent dans l’abîme. Pire, comme à
saint Antoine dans le désert d’Égypte, les démons
lui apparaissent. Il redouble ses prières, mais il a le sentiment
qu’elles se perdent dans le vide. Il se sent seul, abandonné,
l’âme envahie de ténèbres. Ses forces physiques
faiblissent. Il perd courage. Angoissé, désespéré,
il s’effondra : " Dieu est inexorable, on a beau le prier,
il ne nous écoute pas. "
C’est alors, comme en réponse à sa détresse,
ou plutôt à son abandon total dans les mains de Dieu, qu’il
reçoit une grâce plus grande encore que les précédentes.
Six mois après son arrivée au Mont Athos, pendant les vêpres,
alors qu’il prie devant l’icône du Christ, le Seigneur
lui apparaît. Le temps d’un éclair, Silouane voit le
Christ vivant, rayonnant de lumière, de beauté et de joie.
Instantanément, tout son être - corps, âme et esprit
- se trouve rempli du feu de la grâce, de la lumière de l’Esprit
Saint, de la plénitude de l’amour de Dieu. Une véritable
illumination, qu’il vit comme une Pâque, une résurrection,
une nouvelle naissance d’en haut, comme la béatitude d’Adam
au Paradis. Il goûte, ici et maintenant, à la vie éternelle.
Cette expérience, inouïe, sera dès lors la référence
centrale et permanente de toute son existence. La source de son amour
brûlant pour le Christ et toute la création, mais aussi de
sa souffrance et de sa nostalgie sans fin, qu’il a si bien exprimée
dans Les lamentations d’Adam. Pour celui qui a connu la gloire de
Dieu, la joie, la paix, la douceur et l’amour qui l’accompagnent,
la perte de la grâce, l’éloignement de Dieu est le
plus grand des malheurs, nous dit le starets Silouane. Il se sent comme
Adam chassé du Paradis, incapable de trouver le repos sur terre.
Les souffrances de son âme sont sans limites. Il se lamente, crie
: " Seigneur, pourquoi m’as-tu caché ton visage ? Où
es-tu ? Où te caches-tu ? Pourquoi tardes-tu ? Mon âme languit
après toi, Seigneur, et je te cherche avec des larmes. "
Mais Silouane, malheureusement, n’a pas encore l’expérience,
la maturité spirituelle qui lui permettrait de garder et de faire
fructifier cette grâce incommensurable. Au fil des jours et des
semaines, cet état de félicité pascale peu à
peu s’affaiblit, jusqu’à s’évanouir presque
complètement. Et le combat qu’il avait connu auparavant recommence.
Encore plus fort, plus profond, plus radical. D’autant plus violent
qu’un père spirituel, à qui il demande conseil, suscite
en lui des pensées de vanité en disant : " Si tu es
déjà maintenant comme tu es, que seras-tu dans ta vieillesse
? "
Et voilà Silouane engagé dans le combat, impitoyable, contre
la pire et la plus subtile des passions, l’origine de tous les maux
et de tous les péchés selon les Pères de l’Église
: l’orgueil. Une guerre sainte, acharnée, qui va durer quinze
ans.
Une période où quasiment seul - car aucun des pères
spirituels qu’il a consultés ne peut l’aider - Silouane
va se livrer à une ascèse extrême, passant l’essentiel
de ses nuits en prière, dans une lutte sans répit contre
les pensées qui troublent et enténèbrent son esprit,
contre les démons qui lui apparaissent. " Si le Seigneur ne
m’avait fait connaître au commencement de quel amour il aime
les hommes, je n’aurais jamais supporté une seule de ces
nuits, et j’en ai eu une multitude ", écrit-il.
Vers 1906, au coeur d’une de ces nuits terribles où un démon
va même jusqu’à s’interposer entre lui et l’icône
du Christ, Silouane, complètement désespéré,
s’adresse au Seigneur : " Tu vois que je m’efforce de
te prier avec un esprit pur, mais les démons m’en empêchent.
Apprends-moi ce que je dois faire pour qu’ils cessent de me déranger.
" Il reçoit alors dans son âme cette information : "
Les orgueilleux ont toujours à souffrir des démons. "
Il demande : " Seigneur, apprends-moi ce que je dois faire pour que
mon âme devienne humble. " Et de nouveau, il entend dans son
coeur cette réponse du Christ : " Tiens ton esprit en enfer
et ne désespère pas ".
Aussitôt, le starets Silouane va agir selon ce " commandement
", appliquer ce remède à son âme malade. C’est
le début d’une nouvelle période - à nouveau
une quinzaine d’années - où, armé de ce glaive
spirituel, il va mener un long combat contre l’orgueil. Peu à
peu, son esprit trouvera le repos en Dieu, et l’Esprit Saint témoignera
de son salut. À partir de 1920, une nouvelle période
commence, tranche de sérénité et de paix marquée
par la victoire contre les pensées et les démons, l’entrée
" dans les hautes sphères de la sainte impassibilité
". C’est au cours de cette période qu’il va rédiger
ses écrits que son plus proche disciple, le Père Sophrony,
recueillera à sa mort, en 1938. " Tiens ton esprit en
enfer et ne désespère pas ". Il vaut la peine de s’arrêter
un instant sur cette phrase, qui est la manifestation par excellence de
l’actualité du starets Silouane, l’expression synthétique
de son enseignement spirituel - de la voie vers la sainteté et
le salut qu’il a tracée - et l’une des clefs de son
rayonnement. C’est une parole qui frappe et qui interpelle, une
phrase mystérieuse et problématique. Elle peut être,
en effet, comprise de différentes manières, à différents
niveaux : spirituel, mais aussi psychologique. Parfois même elle
choque. Des gens lui trouvent un relent de masochisme ou de morbidité,
et la rejettent.
Il faut donc en parler, mais avec humilité, en sachant qu’il
est non seulement difficile, mais quasiment impossible d’en comprendre
et d’en dire vraiment tout le sens profond. Pour cela, il faudrait
en avoir fait soi-même l’expérience, avoir été
ou être soi-même dans le même état spirituel
que Silouane. Comme c’est rarement le cas - ce n’est en tout
cas pas le mien - il convient d’approcher cette parole un peu à
la manière de Moïse devant le Buisson ardent, c’est-à-dire
avec beaucoup de prudence et de révérence. Il en va de cette
phrase comme de toute parole de Dieu : les problèmes et les malentendus
commencent quand nous l’abordons non pas à partir de la Lumière
divine, de l’Esprit Saint, mais avec les catégories de notre
raison humaine, trop humaine, avec la logique et la sagesse de ce monde.
Je crois qu’il faut accepter qu’avec cette parole, il y a
un moment où nous avançons dans un espace intérieur,
dans des eaux si profondes et si mystérieuses que l’esprit
humain perd simplement pied.
Comment donc comprendre cette phrase, " tiens ton esprit en enfer
et ne désespère pas " ? Je distinguerai, sans les séparer,
trois sens possibles.
D’abord, une signification plutôt psychologique, sans doute
la plus éloignée de sa portée originelle : une parole
de réconfort. C’est la manière dont elle est le plus
souvent reçue, comprise dans le monde. Une réponse, consolatrice,
à la souffrance humaine. Un viatique, une aide pour tous ceux qui
peinent sous le poids du monde et de l’existence, qui sont confrontés
au malheur, à la maladie, la solitude, etc. Une façon de
dire : " Ma vie est un enfer, mais Dieu, à travers Silouane,
me dit que, même dans ces conditions difficiles, il ne faut pas
désespérer. "
Ensuite, une interprétation que je dirais analogique, plus proche
déjà de l’expérience particulière du
starets Silouane, mais sur un plan plus général : cette
parole est l’expression, singulière, de la loi spirituelle
fondamentale du christianisme, telle qu’elle apparaît dans
la croix - comme mort et victoire sur la mort - et les Béatitudes
: bienheureux ceux qui pleurent, sont affamés, persécutés,
car ils connaîtront la gloire de Dieu...
Ce qui compte dans cette approche, c’est moins les termes proprement
dits de la phrase que le mouvement, paradoxal et antinomique, qui les
unit : d’un côté la souffrance, l’enfer, la mort
" tiens ton esprit en enfer " -, de l’autre la béatitude,
l’espérance, la résurrection - " mais ne désespère
pas ". Mouvement qui est celui de notre baptême - mort du vieil
homme et résurrection du nouvel homme en Christ - mais aussi celui
de l’ascèse, par laquelle nous actualisons et faisons fructifier
la grâce de ce même baptême. Ascèse qui, dans
son sens profond, n’est qu’une manière de suivre le
Christ, qui nous a montré que le chemin vers la Résurrection,
le Royaume de la vie éternelle, passe par la croix et l’enfer.
En ce sens, ce que trace cette parole n’est autre que la voie du
repentir : " On ne peut arriver au Royaume, où rien d’impur
ne pénètre, que par de grandes souffrances, un esprit brisé,
d’abondantes larmes ", écrit le starets Silouane. Autrement
dit, on n’accède à la Résurrection que par
la mort, à la vraie Lumière que par les ténèbres
(l’abandon des fausses lumières), à la joie que par
la souffrance. De même que le Christ s’est vidé de
sa divinité pour prendre condition d’esclave, nous devons
nous vider de nous-mêmes, nous purifier de nos passions,. pour créer,
dans notre coeur, un espace où la grâce de l’Esprit
Saint pourra agir, vivre, manifester sa présence. Et ce qui nous
remplit de nous-mêmes, fait obstacle à la grâce, c’est,
comme le dit le Christ à Silouane, l’orgueil. Ni plus ni
moins que la racine de tout mal, la source de tous les tourments, qui
a fait tomber Adam et Ève en éveillant en eux le désir
de devenir comme des dieux.
Mais comment lutter contre l’orgueil, comment guérir de cette
maladie ? Il n’y a qu’un moyen, qui est d’ailleurs le
but de l’ascèse : l’apprentissage de l’humilité.
Pour le starets Silouane, l’humilité, c’est la porte
du salut, la clef du combat spirituel, la source de la liberté,
" la lumière dans laquelle nous pouvons voir la Lumière
". Le modèle de cette humilité, c’est évidemment
le Christ, mais aussi la Vierge Marie, qui a su renoncer à sa volonté
propre pour vivre selon la volonté de Dieu.
D’où cette nouvelle interrogation : comment devenir humble
? C’est justement à cette question que le Christ répond
par sa parole, qu’il offre à Silouane comme un moyen thérapeutique.
Et nous arrivons ici à la troisième interprétation,
spécifique : " Le Seigneur m’a enseigné à
tenir mon esprit en enfer et à ne pas désespérer,
et c’est ainsi que mon âme apprend l’humilité
(...). C’est ainsi qu’on triomphe des ennemis ", écrit
le starets Silouane.
Cet outil thérapeutique qui permet de guérir de la maladie
de l’orgueil, cette arme spirituelle contre les passions, c’est
l’autocondamnation. Le starets Silouane, qui n’hésite
pas à se considérer lui-même comme un " chien
galeux ", écrit : " On doit s’estimer pire que
tous les êtres et se condamner à l’enfer. Je ne suis
pas digne de Dieu ni du Paradis. Je suis digne des tourments de l’enfer
et, éternellement, je brûlerai dans le feu. Quand je tiens
mon esprit en enfer, mon âme est en paix. Quand, en revanche, je
laisse mon esprit sortir du feu, les pensées qui ne plaisent pas
à Dieu retrouvent leur force. "
Attention, il convient ici de bien comprendre le sens des mots. Et particulièrement
la signification du mot " enfer ". Pour cela, il nous faut sortir
d’un certain imaginaire encore très marqué par les
représentations médiévales.
Royaume de la mort, l’enfer n’est pas un lieu géographique
- par exemple le lieu où Dieu n’est pas - mais un état
spirituel, l’état de l’âme coupée de Dieu
à cause de ses péchés, c’est-à-dire,
pour être encore plus précis, l’état de l’âme
plongée dans l’amour de Dieu, mais encore trop opaque, trop
fermée, trop pleine de passions pour en recevoir la lumière
et y répondre. Comme le dit saint Isaac le Syrien, " les tourments
de l’enfer sont les tourments de l’amour. " Dans cette
perspective, la phrase du Christ au starets Silouane exprime simplement
le repentir à son plus haut degré d’incandescence.
Le feu de l’enfer n’est autre que le feu de l’amour
de Dieu, l’enfer n’est autre que l’action du feu de
la grâce sur l’âme non encore purifiée des passions.
On ne dira jamais assez l’importance du repentir pour le starets
Silouane. Par le repentir, nous dit-il, tout est réparé.
Les péchés sont pardonnés. L’Esprit Saint nous
est donné. Les saints sont des hommes comme les autres, pareils
à nous. Beaucoup sont de grands pécheurs. Simplement, par
le repentir, ils sont parvenus au Royaume des cieux. L’homme orgueilleux
ne peut être sauvé que par le repentir. À celui qui
se repent, Dieu donne sa paix, le Royaume éternel, le Paradis,
la liberté de l’aimer. Le starets Silouane le répète
: Si tous les hommes se repentaient, gardaient les commandements divins,
le Paradis serait sur terre. Car le Royaume des cieux est au-dedans de
nous.
Alors, masochiste, doloriste, épouvantable, cette injonction du
Christ à Silouane ? Pas plus que n’importe quelle parole
de l’Évangile. Et d’autant moins qu’elle se termine,
s’ouvre sur la miséricorde. La deuxième partie de
la phrase - " et ne désespère pas " - est en effet
absolument indissociable de la première - " tiens ton esprit
en enfer ". " Ne désespère pas ", c’est-à-dire
ne tombe pas dans la redoutable passion du désespoir, qui n’est
qu’une autre forme, extrêmement subtile, de l’orgueil,
de l’amour de soi, de l’ego enroulé et fermé
sur lui-même. Comme le dit Silouane : " J’aurais succombé
sous le poids de mes péchés et, depuis longtemps déjà,
je serais en enfer, si le Seigneur et la Très-Pure Mère
de Dieu n’avaient eu pitié de moi... J’aurais désespéré
de mon salut si Dieu ne m’avait pas accordé la grâce
du Saint-Esprit. Il faut se condamner soi-même, mais ne pas désespérer
de la miséricorde et de l’amour divin. "
Autrement dit, il faut espérer fermement en Dieu. Car Dieu, qui
nous aime plus que tout, veut notre salut. Ce n’est pas lui qui
crée l’enfer, c’est le pécheur lui-même.
Si le Christ, par ses souffrances, nous a donné sur terre le Saint-Esprit,
s’il a offert son corps et son sang en sacrifice pour l’humanité
entière, s’il a prié et demandé le pardon pour
ceux qui le crucifiaient, comment pourrait-il nous refuser ce que nous
lui demandons ? Non, il ne nous refusera rien. Il nous donnera, en temps
voulu, tout ce dont nous avons besoin, même ce que nous n’attendons
pas. À une condition toutefois : que nous nous repentions sincèrement,
que nous nous humiliions devant lui, que nous pardonnions aux autres,
que nous priions avec plus d’audace et d’espérance.
Ce qui n’a rien d’évident, puisque cela va à
l’encontre, à rebours de tout ce à quoi le monde nous
invite et nous pousse.
On le voit. Comme le montre le théologien Jean-Claude Larchet dans
une étude à paraître dans le premier numéro
des Cahiers Saint-Silouane, Buisson ardent, le conseil du Christ au starets
Silouane témoigne d’un remarquable équilibre. Il permet
de vaincre les deux pensées qui, habituellement, mènent
l’homme à la perdition : " je suis un saint " et
" je ne serai pas sauvé. " Une espérance qui priverait
l’homme de la conscience de son péché (et donc de
l’humilité) serait, spirituellement, aussi néfaste
qu’une conscience du péché qui priverait l’homme
de toute espérance, de tout espoir d’être sauvé.
Sur cette phrase, en conclusion, j’aimerais encore relever deux
points : D’abord, son caractère absolument traditionnel.
Dans sa nouveauté, sa force de frappe, la modernité même
de sa formulation, cette parole du Christ à Silouane s’inscrit
parfaitement dans l’enseignement et la tradition des Pères
de l’Église. Comme le révèle Jean-Claude Larchet
dans l’étude que je viens de mentionner, les antécédents
patristiques de cette phrase sont nombreux. Le starets Silouane lui-même
fait référence à certains Pères du Désert,
comme Abba Poemen qui dit : " Croyez-moi, là où est
Satan, c’est là que je serai. " Comme saint Antoine
aussi, envoyé par Dieu chez un cordonnier d’Alexandrie qui,
toute la journée, répète : " Tous seront sauvés,
moi seul périrai. "
En suite, la prudence que la mise en oeuvre de cette parole requiert.
Comme tous les commandements de l’Évangile, cette parole
du Christ à Silouane a une double dimension : particulière
et universelle. Particulière dans le sens où elle a été
adressée à une personne dans un contexte précis.
Universelle dans la mesure où, par son origine divino-humaine,
elle vaut pour tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux.
Chacun peut donc l’appliquer à sa propre vie. Simplement,
il faut le faire avec sobriété et discernement. Le starets
Silouane le dit lui-même : " Dans cette pratique, il faut connaître
ses propres limites afin de ne pas écraser son âme. Apprends
à te connaître et ne charge pas ton âme au-delà
de ses forces. "
Saint Silouane était un géant spirituel et il était
capable d’endurer l’ascèse la plus extrême sans
sombrer dans le désespoir ou la folie. Mais les âmes n’ont
pas toutes la même force. Comme le disait l’un des proches
de l’Archimandrite Sophrony, la parole " tiens ton esprit en
enfer et ne désespère pas " est du feu, de l’alcool
à l’état pur, à 90 degrés. La prendre
telle quelle, c’est risquer de se brûler : certaines personnes,
en essayant de se plonger mentalement, spirituellement, en enfer, se sont
rendues malades. Il faut donc l’adapter à sa propre situation,
à ses propres capacités spirituelles et psychiques.
En principe valable pour tous, cette formule n’est donc, en réalité,
pas à la portée de chacun. Plutôt que de l’appliquer
littéralement, il convient d’en saisir l’esprit, de
trouver pour soi-même - par analogie - le chemin de l’humilité.
Pour la plupart d’entre nous, si je me réfère à
l’enseignement du Père Sophrony, cela consistera avant tout
à vivre dans le repentir, à s’accuser soi-même
de ses propres fautes et à ne pas juger son frère - comme
nous le disons dans la prière de saint Éphrem pendant le
Grand Carême. Cela reviendra aussi à apprendre, patiemment,
à accepter, utiliser les souffrances et échecs de la vie
quotidienne comme des épreuves que le Seigneur nous, envoie pour
nous éduquer sur le chemin de l’humilité. C’est,
si j’en crois par exemple les lettres d’un autre spirituel
russe - l’Higoumène Nikon - le chemin que nombre de Russes
ont choisi pour leur sanctification au temps de la persécution
de l’Église : non pas l’ascèse artificielle
des moines, mais l’ascèse naturelle de la commune trame des
jours avec toutes ses difficultés et ses peines.
J’en viens maintenant au troisième et dernier point de mon
exposé : la prière pour le monde entier et son corollaire,
l’amour des ennemis. C’est une prière que le starets
Silouane répète souvent dans ses écrits, sous diverses
formes, et qui a été retenue par l’iconographe russe
Leonid Ouspensky, le premier à avoir peint une icône du starets
dans les années 60, c’est-à-dire avant qu’il
soit canonisé : " Seigneur miséricordieux, écoute
ma prière. Fais que tous les peuples de la terre te connaissent
par le Saint-Esprit ".
Entre la parole précédente - " tiens ton esprit en
enfer..." - et cette prière, qui à elles deux résument
tout le message du starets Silouane, il y a un lien, un passage du repentir
personnel au repentir ontologique. C’est-à-dire une transformation
du repentir de l’âme individuelle pour ses propres péchés
en un repentir, beaucoup plus vaste et profond, pour les péchés
de l’humanité entière.
Comment une telle ouverture, une telle transformation est-elle possible
? C’est au fond très simple. Plus le coeur, par le repentir,
se purifie de ses passions, plus il est habité par l’Esprit
Saint. Plus l’Esprit Saint agit en lui, le transfigure, plus il
se christifie, s’unit au Christ. Plus le Christ vit en lui, plus
il se sent porteur de ce que le Christ a récapitulé dans
sa personne : l’Adam total, l’humanité entière
et même, comme le dit saint Maxime le Confesseur, toute la création.
On touche là à la plénitude, la perfection de l’amour.
C’est à cette compassion universelle que le starets Silouane
va parvenir, lui un paysan de la campagne russe de la fin du siècle
dernier, quasi illettré, hostile aux journaux et qui n’est
sorti de chez lui que pour venir au Mont Athos. C’est à cet
amour pour tous les peuples de la terre que la vision du Christ, intériorisée
et intégrée dans tout son être par sa longue descente
en enfer, va le conduire.
Le message du starets Silouane ici est clair : l’homme qui reçoit
la grâce de vivre une grande expérience mystique ne doit
pas s’enfermer dans son extase. Il peut oublier le monde pour un
temps - histoire de s’adonner pleinement à la contemplation
- mais il ne saurait s’y abîmer. Il doit revenir à
lui-même, se souvenir de la création. " Celui qui a
connu Dieu par le Saint-Esprit prie et verse des larmes pour le monde
entier ", écrit-il. Il a compassion de tous, de tous les hommes
qui souffrent à cause de leur orgueil et sont privés de
la grâce, de tous les peuples qui sont plongés dans la souffrance,
la famine et la guerre. Le starets Silouane ne cesse de le redire : l’âme
animée par le Saint-Esprit s’afflige quand elle voit l’autre
souffrir. Elle désire pour lui, pour tout le monde, la même
grâce qu’elle a reçue. Elle veut que tous les hommes
connaissent le même bonheur, la même béatitude, qu’ils
se repentent, voient la gloire de Dieu, connaissent sa miséricorde,
afin que toute douleur et tout mal soient chassés de la terre.
Afin que la paix règne. L’amour, le vrai amour, ne souffre
pas la perte d’une seule âme. " Notre frère est
notre propre vie, dit le starets Silouane. Seront glorifiés ceux
qui, parce qu’ils étaient pleins de l’amour du Christ,
ont porté la souffrance du monde entier. "
Du monde entier, c’est-à-dire aussi de leurs ennemis (Mt
5, 44), et même des démons qui, s’étant éloignés
de la vérité de l’amour, se sont condamnés
à l’enfer. Car nous dit le starets Silouane, il est facile
d’aimer un saint, mais un grand pécheur, quelqu’un
qui nous offense, nous méprise, nous fait du mal, persécute
l’Église ? Aimer ses ennemis, c’est suivre le Christ,
qui est mort sur la croix pour le salut de ses ennemis, qui leur a pardonné.
Aimer ses ennemis, c’est compatir, savoir qu’ils endurent
une grande souffrance à cause de leurs passions et donc prier pour
eux. Le starets a vécu et écrit aux heures les plus noires
de l’histoire de la Russie, au temps des purges staliniennes. Il
savait, dans son coeur, la souffrance extrême de son peuple. L’amour
des ennemis était sa réponse à la persécution
de l’Église russe.
Mais il était plus que cela : la conséquence de la vie selon
l’Évangile, le critère ultime de la vraie foi et de
la justesse de notre vie spirituelle, la preuve absolue de la véritable
communion avec Dieu et de la présence en nous de la grâce.
L’amour des ennemis est ce qui, en-deçà et au-delà
de tous les rites, constructions théologiques et expériences
mystiques, témoigne de la vérité de l’Église.
Là-dessus, le starets Silouane est impitoyable, catégorique
: qui a la force de l’amour des ennemis connaît le Seigneur
Jésus Christ en esprit et en vérité. Qui, en revanche,
ne l’a pas, est encore entre les mains de la mort ; la grâce,
l’amour de Dieu n’est pas vraiment, pleinement en lui. Autrement
dit, il n’a pas encore vraiment connu Dieu tel qu’il est c’est-à-dire
qu’il n’est pas encore " orthodoxe ". Et le starets
d’ajouter : " L’âme qui n’a pas l’amour
des ennemis n’aura jamais la paix ; elle se tourmentera et fera
souffrir les autres ".
Nous touchons là au sens profond du deuxième commandement
du Christ : Tu aimeras ton prochain comme toi-même (Mt 22,39). Ce
" comme toi-même " n’indique pas la mesure dont
il faut aimer notre prochain. Il dit l’unité ontologique,
la consubstantialité du genre humain, divisée par la chute
mais restaurée par le Christ. Aimer son prochain comme soi-même,
c’est l’aimer comme sa propre vie. C’est, écrit
le Père Sophrony, " à l’instar du Christ Jésus
priant au jardin de Gethsémani, vivre réellement toute l’humanité
comme une seule vie, une seule nature en une multiplicité de personnes.
Si chaque personne humaine, créée à l’image
de la Trinité, parvient à contenir, inclure dans sa propre
existence la totalité de l’existence humaine, au même
titre que chaque personne de la Trinité est porteuse de toute la
plénitude de l’Être divin, alors tout le mal qui s’accomplit
dans le monde ne sera plus considéré seulement comme quelque
chose qui nous est extérieur, mais comme notre propre mal. "
Oui, on ne se sauve pas seul. Mon salut n’est pas mon affaire, ma
seule petite affaire, individuelle. C’est un événement
ontologique, qui concerne toute l’humanité, l’Adam
total.
Toute l’humanité, mais plus encore que cela : toute la création,
tout ce qui a été créé par Dieu. Le starets
Silouane, qui marche ici sur les pas de saint Isaac le Syrien, nous parle
de la tristesse qui l’accable après avoir arraché
une feuille d’un arbre sans nécessité, des larmes
abondantes qu’il verse pendant trois jours pour avoir blessé
à mort une mouche qui l’énervait ou versé de
l’eau bouillante sur des chauves-souris pour s’en débarrasser.
Il écrit : " Depuis ce jour-là, je n’ai plus
fait de mal à aucune créature. L’Esprit de Dieu nous
apprend à aimer tout ce qui vit. "
Le salut, ici, devient non seulement un événement ontologique,
mais un événement cosmique. Le salut de toute l’humanité,
du cosmos entier, est une part de mon propre salut.
Pour le starets Silouane, " le moine est, fondamentalement, l’homme
qui prie et pleure pour le monde entier. " En cela, la Vierge Marie
est son modèle et il est le modèle de tout chrétien.
Le starets Silouane, comme l’a dit Thomas Merton, est un vrai moine.
Il est donc notre modèle.
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