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La
vie de Saint Séraphim de Sarov est simple et une. Mais cette simplicité,
cette unité recèlent un mystère. On se trouve en
présence de plusieurs périodes bien délimitées
dont chacune apparaît comme le fruit spirituel de celle qui la précède.
Une première période comprend sa jeunesse depuis sa naissance
en 1759 jusqu'à son entrée au monastère de Sarov
en 1779. Prokhor, le futur Séraphim, était le fils de marchands
pieux de la ville de Koursk, du nom de Mochnine. Rien n'est remarquable
en ce garçon doué, gai, qui se mêle volontiers aux
enfants de son âge, si ce n'est un certain don de clairvoyance,
qui fait de l'au-delà une réalité pour lui toute
proche. C'est ainsi que lors d'une maladie il voit la Mère de Dieu
qui lui parle et promet de la guérir. Très jeune, il se
sent attiré par la vie monastique. Âgé de dix-huit
ans, en compagnie de quelques amis qui ont entendu le même appel
que lui, il part à pèlerinage à Kiev pour y prier
auprès des reliques des saints de la Petcherskaïa Lavra. Il
va demander conseil aussi au starets Dosithée qui le dirige vers
l'ermitage de Sarov.
Il a vingt ans quand, ayant renoncé à son héritage
paternel et fait des dons aux pauvres, il quitte définitivement
sa ville natale, muni seulement d'un petit sac, d'un bâton et emportant
comme unique trésor la croix de cuivre avec laquelle sa mère
l'a béni et qui ne le quittera jamais.
Une sorte de prédestination mystique semble se manifester dans
le fait qu'il entre comme novice à Sarov la veille de la fête
de la Présentation au Temple de la Mère de Dieu (le 20 novembre
1779).
De 1779 à 1793, il mène la vie de novice, puis d'un moine
modèle. Obéissance absolue à son starets, travail
corporel comme boulanger, comme menuisier, puis comme sacristain, jeûnes,
lecture assidue de la Bible et des écrits mystiques des Pères
et surtout prière, tels sont les exercices par lesquels il se prépare
à la tonsure monastique. Dès le début, toute mortification
corporelle, en dehors du jeûne et de l'abstinence, est écartée.
Extérieurement c'est un jeune homme beau et vigoureux, que les
jeûnes n'ont pas affaibli et qui accomplit avec adresse les travaux
les plus rudes comme les plus délicats. Il est le bûcheron
de la communauté et sculpte en même temps des croix de bois
de cyprès. À tous ces travaux il unit la prière,
invoquant constamment le Nom de Jésus. Il est taciturne et évite
les conversations. Dans ses moments de loisir, il se retire dans la forêt
pour prier. Cependant il n'est pas sombre mais sait, par une parole ou
un simple sourire, encourager ceux qui sont tristes. Cette gaieté
n'est nullement l'indice d'un tempérament naturellement optimiste.
La seule tentation grave dont il soit fait mention pour lui est celle
de la tristesse, du désespoir. Il la surmonte en persévérant
dans la prière et acquiert ainsi la paix. Cette paix ne le quitte
pas pendant une maladie dont il souffre pendant trois ans sans jamais
se plaindre, sans vouloir appeler de médecin, en s'abandonnant
" au seul vrai médecin du corps et de l’âme, Notre
Seigneur Jésus Christ et à sa sainte Mère ".
C’est de nouveau après une apparition mystérieuse
de la Mère de Dieu qu’il est guéri. Celle-ci lui adresse
les mêmes paroles qu’il avait entendues déjà
pendant sa maladie d’enfance : " Celui-ci est de notre race...
" Peu de temps après sa guérison, le jeune moine part
comme pèlerin pour quêter des dons en vue de la construction
d’une église dans l’enceinte du monastère.
Le 13 août 1786, Prokhor reçoit la tonsure monastique ainsi
que le nom de Séraphim - le " flambeau ", le " feu
ardent ". Une peu plus tard, il est ordonné diacre, puis hiéromoine
(titre donné dans l’Église orthodoxe aux moines, d’ailleurs
relativement peu nombreux, qui sont revêtus de la dignité
sacerdotale). La dernière partie de cette période de sa
vie est marquée par une participation spirituelle intense au mystère
liturgique. Au cours d’une Liturgie de vendredi saint il a la vision
du Christ " sous les traits du Fils de l’Homme souffrant ".
L’année 1794 marque le début d’une phase nouvelle
de sa vie. Séraphim obtient la permission de se retirer loin du
monastère, dans une petite hutte au fond des bois. Alors commence
sa longue période solitaire, son ascension spirituelle vertigineuse
dans les sphères dont la plupart des hommes ne soupçonnent
guère l’existence, où il doit poursuivre son chemin
sans aucune aide humaine, guidé et fortifié seulement par
la grâce de Dieu. Cette fuite loin de la société humaine
comporte toutefois des étapes.
La première de celles-ci est la vie d’ermite dans une isba
(ermitage) à cinq ou six kilomètres du monastère,
qu’il nomme " lointain petit désert ". Saint Séraphim
n’a pas encore abandonné tous les travaux terrestres. Il
cultive un potager et prend soin d’une ruche. Puis il délaissera
aussi ces modestes travaux agricoles, tirant sa substance uniquement d’herbes
et de baies sauvages. Le dimanche il se rend au monastère pour
prendre part à la Liturgie et pour communier. Sa vie pendant cette
période rappelle celle de saint Serge de Radonège. La tradition
le dépeint nourrissant comme ce dernier un ours sauvage. Mais ce
qui est nouveau chez lui et par où il s’apparente à
certains saints occidentaux, c’est son effort pour revivre spirituellement
la vie terrestre de Jésus. Tout le domaine sylvestre qui entoure
son ermitage se transforme pour le prier solitaire en Terre Sainte. Un
coin de la forêt devient Nazareth et il y prie la salutation de
l’ange à Marie. Dans une caverne, ses yeux spirituels contemplent
la naissance du Sauveur. Il aime relire le Sermon sur la Montagne au sommet
d’une colline qui domine la contrée. Il a son Mont Thabor,
son Gethsémani et son Golgotha où il s’efforce de
communier aux souffrances du Christ.
La méditation fervente de l’Évangile, jointe à
la prière, l’aident à surmonter les angoisses de la
solitude pendant les longues nuits d’hiver, quand la tempête
assaille sa hutte et le démon sa âme. Un incident tragique
clôt cette première période solitaire. Des bandits
assaillent le saint et l’assomment à coups de bâton.
Des blessures qu’il reçoit ainsi, il ne se relèvera
jamais entièrement. À partir de cette époque, il
marchera courbé, en s’appuyant sur un bâton comme un
vieillard. Néanmoins, il retourne dans son ermitage après
une autre vision de la Mère de Dieu qui l’appelle à
des nouvelles luttes spirituelles.
Quand les brigands qui l’ont assailli sont arrêtés,
il demande aux autorités de gracier ses persécuteurs, menaçant
même de quitter le monastère si on leur infligeait un châtiment.
Il leur a pardonné lui-même et cependant il a le sentiment
d’être le dernier des pécheurs. On peut deviner seulement
la lutte intérieure avec les puissances du mal qui se poursuit
dans son âme. Le signe extérieur de cette lutte est le renouvellement
par le saint de l’exploit des stylites. Debout sur un rocher, dans
la foret, élevant les mains au ciel, il prie pendant mille nuits,
répétant sans cesse les paroles du péager : "
Seigneur, aie pitié de moi, pécheur " (Luc 18, 13).
Ceci se passe entre 1804 et 1807. Jusque-là Séraphim s’était,
pendant la journée, montré aux visiteurs et avait parlé
à ceux qui venait lui demander des conseils spirituels. À
partir de 1807, il prend sur lui la croix du silence complet. À
ses " enfants spirituels " qui s’en affligent il répond
: " Il est bon de parler pour Dieu, mais il est mieux encore de se
purifier pour lui intérieurement ". Jusqu’en 1810 il
demeure dans le silence, ne parlant à personne et prosternant la
face contre terre quand il rencontre un passant dans la forêt, jusqu’à
ce que celui-ci se soit éloigné. Ce silence est pour lui
" la croix sur laquelle l’homme doit se crucifier avec tous
ses péchés et toutes ses passions " (Instructions spirituelles,
38).
En 1810, un ordre de l’higoumène (abbé) de Sarov,
dû à des intrigues de moines, ordre auquel il se soumet humblement,
l’oblige à retourner au couvent. Mais Dieu ne lui permet
pas encore de rompre son voeu de silence et il demande à son supérieur
la bénédiction pour la vie de zatvor, c’est-à-dire
la réclusion dans une cellule étroite où ne pénètre
personne et dont il ne sort jamais. Un secret presque absolu plane sur
cette phase de son existence. On sait seulement qu’il prie et qu’il
lit l’Évangile : chaque semaine, il lit le Nouveau testament
en entier. Sa cellule est pauvre et froide. Dans le vestibule se trouve
son propre cercueil auprès duquel il médite longuement.
Une seule petite lumière brille dans le " coin des icônes
" devant l’image de la Mère de Dieu appelée "
de Tendresse ". Cependant, une joie mystérieuse imprègne,
en ce temps déjà, l’atmosphère spirituelle
de saint qui racontera plus tard à son disciple Jean Tikhonovitch
les visions merveilleuses qui lui fut alors accordées. Il contemple
" la beauté des demeures du paradis et les saints, les prophètes,
les martyrs, les apôtres, rayonnant d’une gloire et d’une
joie infinie ". Des lors, Séraphim lui-même ressemble,
selon les dires de ceux qui l’ont entrevu, à un " ange
terrestre ou à un homme céleste ". À partir
de 1815, la rigueur de sa réclusion est un peu atténuée.
Il permit d’ouvrir la porte de sa cellule. Mais il ne parle pas
encore à ceux qui viennent le voir. En 1820 il commence à
donner des conseils et à bénir ses visiteurs. Enfin en 1825,
après avoir reçu l’ordre de la Mère de Dieu,
il sort de sa cellule pour servir les hommes.
Ceci marque le début de la dernière période de sa
vie, de ses années de labeur comme " père " et
conseiller spirituel de milliers de moines et de laïcs. Mystérieuse
et cachée en Dieu jusqu’à là, sa vie apparaît
maintenant comme une révélation, du moins partielle, dans
la mesure où ses proches étaient capables de la saisir,
" de la vie du siècle futur ". Humblement et gaiement
il accueille tous les visiteurs, appelant chacun " ma joie ".
Des centaines de cierges brûlent maintenant dans sa cellule, devant
l’icône de la Mère de Dieu, symbole de toutes les âmes
qui se sont confiées à lui et demandent son intercession.
À chacun de ceux qui viennent le voir il se donne tout entier,
à chacun il sait dire la parole qui lui convient et ne convient
qu’à lui seule, à chacun il parvient à faire
sentir la réalité du Royaume des Cieux et de la vie surnaturelle.
Un lien tout particulier, mystique, existe entre lui et la communauté
des soeurs de Divéyevo que son propre starets mourant lui avait
confiée. Il organise la vie des religieuses jusqu’en ses
moindres détails, il a avec elles des longs entretiens spirituels
et il ira jusqu’à faire don à une jeune moniale de
son propre " habit angélique ", le " grand schème
" du moine, signe du degré le plus élevé de
l’initiation monastique.
Mais en même temps il a des " enfants spirituels " laïcs,
vivant dans le monde, pour lesquels il compose une " règle
" de prières journalières (Instructions spirituelles,
pp. 212-213). Tel est ce Nicolas Motovilov à qui il est donné
d’être le témoin oculaire de la transfiguration du
saint par la lumière céleste, la " lumière du
Saint-Esprit ". Une grâce analogue est accordée à
la moniale Eupraxie. Elle voit la Mère de Dieu, entourée
de plusieurs saintes, entrer dans la cellule du starets et converser familièrement
avec lui.
Le 2 janvier 1833, saint Séraphim est trouvé inanimé
dans sa cellule. La bougie tombée de ses mains a allumé
les feuillets de l’Évangile et failli provoquer un incendie.
Le saint lui-même est mort à genoux devant l’icône
de la Vierge de Tendresse.
Lorsque nous analysons l’icône spirituelle de saint Séraphim,
nous y découvrons à la fois des traits traditionnels de
la sainteté monastique russe et des traits nouveaux. Saint Séraphim
appartient à la même lignée que saint Théodose
de Petchersk, saint Serge de Radonège et saint Nil Sorskii, lignée
qui se rattache elle-même à la tradition monastique antique,
en particulier celle de la Palestine se prolongeant dans le mouvement
mystique du Sinaï et du Mont Athos. Saint Séraphim s’est
approprié cette tradition très consciemment : dès
son noviciat, sa lecture préférée, outre l’Évangile,
sont la Philocalie et le grand Ménologe (Vie des saints) de Dimitri
de Rostov.
Quand il passe mille nuits debout en prière sur un rocher, il rappelle
qu’il n’est que l’élève des stylites du
Ve et du Vie siècle. En plein XIXe siècle, il met en pratique
les préceptes ascétiques des Pères du désert
syrien et égyptien. Boulanger pendant son noviciat, il a dû
se souvenir de saint Théodose de Petchersk et de saint Cyrille
de Bielozersk qui avaient fait le même métier. Ermite dans
la forêt, il suit les traces des poustiniki du XIVe siècle,
et, comme saint Serge, il apprivoise les animaux sauvages. Sa " règle
de prière " est l’antique règle de saint Pacôme
l’Égyptien. Mais il est surtout l’élève
de Nil Sorskii dans la pratique de " l’action spirituelle ",
de la prière du coeur adressée à Jésus.
Nous retrouvons chez lui tous les traits classiques du starets russe :
sa douceur, le pardon accordé aux ennemis et surtout la charité
infinie pour toutes les souffrances humaines. Ses visions sont aussi apparentées
à celles qu’eurent les anciens saints russes : visions de
la Mère de Dieu, visions rattachées au mystère de
l’Eucharistie, vision de la Lumière céleste. En sa
personne s’accomplit la synthèse de la mystique nordique
de saint Serge et de la mystique orientale représentée en
Russie surtout par saint Nil Sorskii.
Cependant malgré ces attaches nombreuses avec la tradition ancienne
russe et grecque, il se dégage de la personne de saint Séraphim
une impression très forte de fraîcheur et de nouveauté.
Les thèmes antiques du monachisme oriental, il les a revécus
avec l’intensité d’un homme qui a entendu un appel
personnel de Dieu. Cet appel, ce fut la vocation " d’acquérir
le don du Saint-Esprit ". Tel est selon lui " le but de la vie
chrétienne " (Entretien avec Motovilov, p. 156), de "
toute " vie chrétienne.
Ce lien intime et mystique de saint Séraphim avec la Troisième
Hypostase Divine, le Saint-Esprit, confère à sa figure un
caractère neuf et prophétique, annonciateur de la joie du
siècle à venir. Malgré les longues années
d’ascèse et de repentir, la vie de saint Séraphim
n’a rien de sombre. Au-dessus d’elle ne plane point l’image
d’un Dieu irrité qui exige des mortifications et des larmes
pour être apaisé, mais celle de " l’Aimé
", dont l’amour divin réclame de l’homme, à
son tour, un divin et parfait amour. Cet amour parfait, Séraphim
sait que Dieu seul peut le donner par la grâce du Saint-Esprit.
La conviction inébranlable qu’il pouvait, en invoquant avec
foi le Seigneur Jésus, recevoir en cette vie même le don
du Saint-Esprit, a fait l’unité de l’existence spirituelle
du saint.
Au labeur de cette invocation, il s’est livré corps et âme
: " Comme le fer au forgeron, ainsi j’ai remis ma volonté
entre les mains de Dieu ". Afin d’accomplir l’oeuvre
" d’invocation du Nom de l’Aimé " et de purifier
son âme dans l’attente de la grâce du Saint-Esprit,
il est devenu le jeûner silencieux qui, à l’exemple
de la veuve de l’Évangile (Luc 18, 1-8), a importuné
Dieu, nuit et jour, par son appel nostalgique : " Seigneur Jésus
Christ, aie pitié de moi ". Dans sa fuite loin du monde, il
n’avait aucune haine des hommes, " qui portent sur eux le Nom
du Christ ", mais seulement le désir de purifier son coeur
de toutes les préoccupations terrestres et humaines, afin de préparer
en lui-même la place du Saint-Esprit.
La vie " dans le Saint-Esprit ", c’est la vie du siècle
à venir, " dont le silence est le sacrement ". Pour avoir
part à cette vie, il faut souffrir avec le Christ et le silence
est précisément " la croix sur laquelle l’homme
se cloue lui-même ". Il est souffrance " soufferte dans
la communion de la Croix de Jésus Christ " (Instructions spirituelles,
38). En même temps il donne la possibilité de concentrer
toutes les forces de la pensée, du coeur, de la volonté
dans le cri, en communion avec l’Église, " invoquant
le Saint-Esprit : Notre Dieu, donne-nous la paix ". Et toute âme
paisible, c’est-à-dire toute âme qui a su acquérir
la paix, " est vivifiée par la Saint-Esprit et grandit en
pureté, illuminée par l’unité trinitaire du
mystère sacré ". La souffrance n’a été
pour saint Séraphim que la condition que doit remplir celui qui
veut parvenir à une joie plus grande, surnaturelle. C’est
ce qu’il exprime clairement dans les paroles adressées à
son disciple Jean Tikhonovitch : " Si tu connaissais la douce paix
de l’âme des justes dans le ciel, tu souffrirais volontiers
et avec reconnaissance en ce monde des peines, des persécutions
et des calomnies. Si cette cellule était remplie de vers noirs
et si ces vers rongeaient notre corps pendant toute cette vie, il faudrait
l’accepter pour ne pas perdre la joie céleste " (Semeur,
mars-avril 1927, pp. 285-286). Dans ce même esprit d’attente
du Royaume céleste, comparable à l’espérance
eschatologique des premiers chrétiens, saint Séraphim a
enseigné le " joyeux mourir ". " Pour nous, mourir
sera une joie ", dit-il à une religieuse, en l’exhortant
à sacrifier sa vie pour son frère.
L’attente joyeuse et confiante du siècle à venir est
fortifiée chez saint Séraphim par la conviction qu’ici-bas
déjà, et dans ce siècle, la vie du chrétien
peut être une vie dans le Saint-Esprit. Plus encore que par ses
paroles, saint Séraphim a manifesté par sa vie elle-même
la présence, en ce monde, du Saint-Esprit. Il était devenu
une flamme vivante, une lumière brûlante, un porteur de l’Esprit
de Dieu sur terre, est-il dit dans les Annales de Divéveyo. Et
lui-même a exprimé le secret de son rayonnement spirituel
quand il disait : " Dieu est un feu qui réchauffe et enflamme
notre coeur et nos entrailles de l’amour parfait, non seulement
pour lui, mais aussi pour le prochain " (Instructions spirituelles,
p. 193).
Les signes de la présence du Saint-Esprit en saint Séraphim
furent, selon ses biographes, la joie et la paix surnaturelles qu’il
répandait autour de lui. " Joyeux et lumineux comme celui
d’un ange ", c’est ainsi qu’on dépeint le
visage du starets. Et lui-même a dit que le signe de l’action
de la grâce est " une vie ordonnée en paix " (Instructions
spirituelles, 24) et une " intelligence joyeuse, d’une joie
d’ange " (Ibidem), car " Dieu crée de la joie dans
tout ce qu’il touche " (cf. Entretien avec Motovilov, p. 178).
Il appelait chacun de ceux qui venaient à lui " ma joie "
et il les saluait par la joyeuse salutation de Pâques : " Christ
est ressuscité ".
Cette joie, il ne se contentait pas de la proclamer, mais il la déversait
dans le coeur de ses interlocuteurs : " L’état d’âme
du starets semblait couler dans l’âme des affligés
et ils s’en retournaient ranimés par sa joie. Chacun de ceux
qui venaient à lui était touché par le feu divin
qui était en lui et l’humain commençait à s’embraser
" (Annales de Divéyevo). La source profonde de cette action
spirituelle était un amour sans bornes pour les humains, qui, avec
la paix et la joie, lui apparaissait comme le don essentiel du Saint-Esprit.
Il a exprimé la nature de sa propre tendresse pour ses enfants
spirituels par l’exhortation adressée à un higoumène
d’être pour les siens " non seulement comme un père,
mais comme une mère ". D’autre signes, plus mystérieux,
de la présence du Saint-Esprit dans la vie de saint Séraphim
sont ses visions, son commerce familier avec la Mère de Dieu et
les saints, son don de guérir, sa science surnaturelle des âmes
humaines. Tout ceci est ramené par lui expressément au don
du Saint-Esprit. La connaissance qu’a le saint du passé et
l’avenir, des pensées secrètes de ses interlocuteurs,
n’est pas le fruit d’un effort de la raison, d’une réflexion
laborieuse. C’est un savoir intuitif, le " gai savoir "
dans le Saint-Esprit. Saint Séraphim lui-même l’explique
ainsi : " La première pensée qui s’élève
en mon âme, je la considère comme un message de Dieu et je
l’exprime sans savoir ce qui se passe dans l’âme de
celui qui vient à moi ".
De toutes les grâces accordées au saint, la plus étonnante,
pour nos esprits obscurcis par le péché, fut sans doute
sa transfiguration corporelle par la Lumière du Saint-Esprit à
laquelle il fut donné à Nicolai Motovilov de participer
(voir l’Entretien avec Motovilov, pp. 176-181). Faisant entrevoir
hic et nunc la transfiguration de l’homme et de la nature tout entière
par le don du Saint-Esprit, la sainteté de saint Séraphim
nous communique la sensation de la proximité du Royaume de Dieu
: elle annonce la résurrection des morts et la vie du siècle
à venir.
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