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Les icônes sont faites de symboles, comme des lettres avec lesquelles
on pourrait écrire un texte sacré. Et seul celui qui possède
les clés de cet alphabet peut lire et comprendre ce texte.
Réunir toutes les icônes canoniques équivaut à
manifester toute la plénitude de la doctrine orthodoxe. « Si un
paien vient à toi et te demande : montre-moi ta foi, mène-le
à l'église et montre-lui les saintes images. »
L'icône est l'exposé imagé de la Sainte Tradition.
Afin qu'elle reste inchangée se sont formés et transmis
de génération en génération des modèles
iconographiques. Repréntés sous forme d'icônes, les
visages des saints canonisés perdent leurs traits individuels et
deviennent symboles, signe de leur transfiguration spirituelle.
Les résolutions du VIIe Concile oecuménique s'adressait
au monde chrétien dans son ensemble. Cependant, conséquence
logique de l'opposition latente entre Orient et Occident, le roi des francs
Charles, futur Charlemagne, concurrent de l'empereur bysantin refusa de
prendre en compte ces décisions. A son initiative furent composés
les livres carloviens, qui expliquent que l'objet de l'adoration ne peut
être que Dieu et en aucun cas l'icône. Les icônes ne
peuvent être utilisées que comme élément décoratif
et dans un but catéchétique. Ainsi le schéma iconographique
est-il absent de l'Église d'Occident et les peintres d'Europe Occidentale
purent-ils donner leur propre interprétation des sujets vétéro
et novotestamentaires. Peu à peu la peinture religieuse d'Occident
s'éloigna tout à fait de l'icône et apparut ce qu'il
est convenu d'appeler la peinture à sujet religieux. La portée
de cette évolution est immense. La création artistique est
toujours une recherche. Et cette recherche a porté ses fruits :
on découvrit ainsi la perspective, le moyen d'exprimer le mouvement,
de rendre les caractères de l'espace aérien.Les paroissiens,
entrant dans l'église et s'intéressant à ce que nous
aurions appelé « icônes » prenaient insensiblement connaissance
de ces découvertes et les intégraient, les étudiaient.
Le mot étudier est ici à prendre dans son sens pleinier
à une époque où les sciences et l'art ne faisaient
encore qu'un et où bien des découvertes dans le domaine
de la peinture découlèrent des découvertes scientifiques.
A Byzance et dans les autres pays orthodoxes, la situation de l'art figuratif
était tout à fait autre. L'iconographie canonique et les
dogmes de la foi orthodoxe formèrent un système de codes
indiquant à l'homme le chemin véritable sur l'océan
de cette vie. Et l'iconographe n'avait pas besoin de rechercher de nouveaux
modes de représentation : une technique permettant de représenter
des images en accord avec la foi orthodoxe existait déjà.
Au début du second millénaire, les routes de l'Orient et
de l'Occident se séparèrent aussi bien en matière
d'art et de culture qu'en matière de sciences.
L'ensemble des canons iconographiques forme l'art de l'icône orthodoxe,
dont les chefs d'oeuvre affermissenent et purifient la foi. C'est sous
cette forme fortement codifiée que l'art de l'icône fut transmis
par Byzance aux peuples de l'Ancienne Russie.
En Russie, cet art trouva une seconde patrie. Les iconographes russes
ne se sont pas contentés de reproduire cet art mais l'ont considérablement
enrichi. Ils lui insuflèrent l'esthétique et le tempérament
d'un peuple jeune, à peine entré dans l'arène de
l'histoire mondiale. A la différence des icônes byzantines,
lourdes et statiques, les icônes russes se distinguent par la vivacité
et la vibration des couleurs, par la finesse, la force et le mouvement
des lignes.
La majorité des iconographes russes médiévaux nous
sont restés inconnus. L'icône comme la prière est
le fruit d'une création commune, elle est soigneusement retravaillée
de génération en génération. L'iconographe
ne fait que reproduire un prototype. Cependant les maîtres les plus talentueux
parviennent à exprimer quelque chose d'eux-mêmes par d'infimes
nuances. Semblable icône-prière apparaît alors comme une
véritable adresse au Seigneur, rendant toute signature d'autant
plus inutile. Des plus belles icônes russes se dégage un
sens spirituel très profond et malgré l'identité
des sujets et des formes, elles sont étonnement variées,
aussi différentes les unes des autres que l'étaient leurs
auteurs.
La codification des canons iconographiques a joué un double rôle
: elle a limité la liberté créatrice de l'iconographe,
en même temps qu'elle a révélé la riche expérience
de l'iconographie, fruit des efforts intellectuels et spirituels des générations
passées. L'iconographie est donc une création commune et
chaque iconographe apposait sa pierre à cette construction séculaire.
L'art
de l'église ne peut être regardé que de l'intérieur
de la vie ecclésiale, il est impossible de le comprendre sans connaître
la foi orthodoxe. Le seul point de vue esthétique ne permet pas
de comprendre en plénitude l'art de l'icône et le chant sacré.
Ils diffèrent de l'art, ce qui expliquent que l'Église Orthodoxe
Russe demande la restitution des icônes conservées dans les
musées. Dans un musée, l'icône cesse d'être
une icône ; elle ne le redevient que dans la plénitude de
la vie écclésiale : il lui faut l'église, la liturgie,
une place bien précise parmi les autres icônes et surtout
les yeux des croyants pour lesquels elle est fenêtre sur une autre
réalité, celle du monde divin.
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