L'Apôtre Luc écrivant l'icône de la Mère de Dieu

L'icône comme image
La Mère de Dieu en orante. Mosaïque. Cathédrale sainte Sophie, Kiev. XIIe siècle Les icônes sont faites de symboles, comme des lettres avec lesquelles on pourrait écrire un texte sacré. Et seul celui qui possède les clés de cet alphabet peut lire et comprendre ce texte.
Réunir toutes les icônes canoniques équivaut à manifester toute la plénitude de la doctrine orthodoxe. « Si un paien vient à toi et te demande : montre-moi ta foi, mène-le à l'église et montre-lui les saintes images. »
L'icône est l'exposé imagé de la Sainte Tradition. Afin qu'elle reste inchangée se sont formés et transmis de génération en génération des modèles iconographiques. Repréntés sous forme d'icônes, les visages des saints canonisés perdent leurs traits individuels et deviennent symboles, signe de leur transfiguration spirituelle.
Les résolutions du VIIe Concile oecuménique s'adressait au monde chrétien dans son ensemble. Cependant, conséquence logique de l'opposition latente entre Orient et Occident, le roi des francs Charles, futur Charlemagne, concurrent de l'empereur bysantin refusa de prendre en compte ces décisions. A son initiative furent composés les livres carloviens, qui expliquent que l'objet de l'adoration ne peut être que Dieu et en aucun cas l'icône. Les icônes ne peuvent être utilisées que comme élément décoratif et dans un but catéchétique. Ainsi le schéma iconographique est-il absent de l'Église d'Occident et les peintres d'Europe Occidentale purent-ils donner leur propre interprétation des sujets vétéro et novotestamentaires. Peu à peu la peinture religieuse d'Occident s'éloigna tout à fait de l'icône et apparut ce qu'il est convenu d'appeler la peinture à sujet religieux. La portée de cette évolution est immense. La création artistique est toujours une recherche. Et cette recherche a porté ses fruits : on découvrit ainsi la perspective, le moyen d'exprimer le mouvement, de rendre les caractères de l'espace aérien.Les paroissiens, entrant dans l'église et s'intéressant à ce que nous aurions appelé « icônes » prenaient insensiblement connaissance de ces découvertes et les intégraient, les étudiaient. Le mot étudier est ici à prendre dans son sens pleinier à une époque où les sciences et l'art ne faisaient encore qu'un et où bien des découvertes dans le domaine de la peinture découlèrent des découvertes scientifiques.
A Byzance et dans les autres pays orthodoxes, la situation de l'art figuratif était tout à fait autre. L'iconographie canonique et les dogmes de la foi orthodoxe formèrent un système de codes indiquant à l'homme le chemin véritable sur l'océan de cette vie. Et l'iconographe n'avait pas besoin de rechercher de nouveaux modes de représentation : une technique permettant de représenter des images en accord avec la foi orthodoxe existait déjà.
Au début du second millénaire, les routes de l'Orient et de l'Occident se séparèrent aussi bien en matière d'art et de culture qu'en matière de sciences.
L'ensemble des canons iconographiques forme l'art de l'icône orthodoxe, dont les chefs d'oeuvre affermissenent et purifient la foi. C'est sous cette forme fortement codifiée que l'art de l'icône fut transmis par Byzance aux peuples de l'Ancienne Russie.
En Russie, cet art trouva une seconde patrie. Les iconographes russes ne se sont pas contentés de reproduire cet art mais l'ont considérablement enrichi. Ils lui insuflèrent l'esthétique et le tempérament d'un peuple jeune, à peine entré dans l'arène de l'histoire mondiale. A la différence des icônes byzantines, lourdes et statiques, les icônes russes se distinguent par la vivacité et la vibration des couleurs, par la finesse, la force et le mouvement des lignes.
La majorité des iconographes russes médiévaux nous sont restés inconnus. L'icône comme la prière est le fruit d'une création commune, elle est soigneusement retravaillée de génération en génération. L'iconographe ne fait que reproduire un prototype. Cependant les maîtres les plus talentueux parviennent à exprimer quelque chose d'eux-mêmes par d'infimes nuances. Semblable icône-prière apparaît alors comme une véritable adresse au Seigneur, rendant toute signature d'autant plus inutile. Des plus belles icônes russes se dégage un sens spirituel très profond et malgré l'identité des sujets et des formes, elles sont étonnement variées, aussi différentes les unes des autres que l'étaient leurs auteurs.
La codification des canons iconographiques a joué un double rôle : elle a limité la liberté créatrice de l'iconographe, en même temps qu'elle a révélé la riche expérience de l'iconographie, fruit des efforts intellectuels et spirituels des générations passées. L'iconographie est donc une création commune et chaque iconographe apposait sa pierre à cette construction séculaire.
Le Christ non fait de main d'homme. XIIe siècleL'art de l'église ne peut être regardé que de l'intérieur de la vie ecclésiale, il est impossible de le comprendre sans connaître la foi orthodoxe. Le seul point de vue esthétique ne permet pas de comprendre en plénitude l'art de l'icône et le chant sacré. Ils diffèrent de l'art, ce qui expliquent que l'Église Orthodoxe Russe demande la restitution des icônes conservées dans les musées. Dans un musée, l'icône cesse d'être une icône ; elle ne le redevient que dans la plénitude de la vie écclésiale : il lui faut l'église, la liturgie, une place bien précise parmi les autres icônes et surtout les yeux des croyants pour lesquels elle est fenêtre sur une autre réalité, celle du monde divin.

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