L'Apôtre Luc écrivant l'icône de la Mère de Dieu

L'icône comme image
L'icône ne peut être rangée avec les oeuvres picturales, dans le sens habituel de ce terme. Elles ne sont pas des peintures. Les peintures, de par leurs lignes et leurs couleurs décrivent les personnages et racontent les événements de la réalité quotidienne. Depuis la Renaissance, la vie et la nature sont figurées par la reproduction en trois dimensions sur une surface plane des paysages, du monde des choses, des hommes, des animaux. Et même si les sujets sont tirés de la mythologie, ils sont traduits dans le langage des images terrestres.
La peinture expressionniste et la peinture abstraite, appelées à traduire les émotions du peintre et sa perception du monde, brisent la concordance des couleurs, les proportions des événements et des objets, les déformant au point de les rendre méconnaissables ou bien se passent totalement de représentations figuratives. Pourtant, même dans ce cas extrême, les différentes expériences sur les couleurs et les lignes ne permettent pas à celui qui regarde de pénétrer dans un monde qui serait autre par sa nature, dans une autre dimension spatiale et temporelle, d'atteindre d'autres valeurs.
Le Christ Tout-Puissant. Sinai, VIe siècle C'est justement à l'icône qu'a été dévolu ce rôle. Les icônes ne représentent pas, elles font apparaître un autre monde. Elles le manifestent au moyen de différents artifices picturaux, fruits d'une expérience multi-séculaire.
Dans l'icône la couleur joue un rôle particulier, celui de langage symbolique exprimant non la couleur des objets mais leur lumière et celle des visages humains, lumière dont la source se trouve hors de notre monde physique. Les traits dorés des icônes donnent un visage à la lumière tandis que le fond doré symbolise l'espace « qui n'est pas de ce monde ». L'icône ne comporte aucune ombre, de même que le Royaume des cieux est pénétré de lumière.
L'icône ne peut être regardée comme une image ordinaire. Elle est non seulement dépourvue de l'espace habituel mais est aussi étrangère au déroulemement logique des évenements de cause à effet. L'icône est fenêtre sur un monde de toute autre nature que le notre, mais cette fenêtre n'est ouverte qu'à celui qui porte sur elle un regarde spirituel.
Pour approcher le sens de l'icône, il est nécessaire en effet de la regarder avec les yeux du croyant, pour qui Dieu est une réalité indubitable, une réalité partout présente, présidant invisiblement à chaque événement, témoin invisible et juge du souffle duquel il est impossible de jamais se cacher nulle part.
Les principes et les règles de l'écriture de l'icône se sont formés au cours des siècles, bien avant que l'Ancienne Russie ne les reçoive de Byzance à la fin du Xe siècle.
L'art de Byzance à cette époque était marqué par un caractère fortement religieux et obéissait à des règles très strictes. La codification de l'art de l'icône fut le résultat de longues discussions et d'âpres luttes, liées à l'iconoclasme. L'une des origines principales de l'iconoclasme est à rechercher dans l'influence de l'Islam où l'interdit sur l'adoration des idoles -au nombre desquelles les musulmans rangent aussi bien la croix que les icônes- fait figure d'absolu.
En 730 l'empereur byzantin Léon III interdit le culte des icônes. Avant son avénement au trône, il avait longtemps servit dans les provinces orientales de l'Empire et se trouvait sous l'influence des évêques d'Asie Mineure, qui sous la pression de l'Islam aspiraient à épurer le christianisme de tout élément matériel, sensible, non spirituel. Bien des icônes, freques et mosaïques furent ainsi détruites. Le culte des icônes ne disparut pourtant point et se poursuivit malgré les violentes persécutions mises en place par ses opposants. Il fut momentanément remit à l'honneur au VIIe Concile Oecuménique et définit sous sa forme définitive en 843.
L'un des défenseurs du culte des icônes fut saint Jean Damascène (env. 675-env. 750), dont les conclusions furent déterminantes au VIIe Concile. Selon Jean Damascène l'interdit biblique sur la représentation de Dieu n'a qu'un caractère temporaire : « Autrefois, on ne représentait pas Dieu. Mais depuis qu'il est apparu dans la chair et a vécu parmi les hommes nous représentons le Dieu visible. Je ne représente pas le Dieu invisible, ce que je représente, c'est la chair de Dieu que nous avonc vue. » Dieu, insiste Jean Damascène, est venu chez les hommes dans son Fils le Christ Jésus. Il est apparu au monde des hommes et a revétu un corps humain, « car nous avons besoin de ce qui nous est familier. »
Le visible ne transmet rien de l'essence du Dieu inaccessible. Mais de même que le corps a une ombre, de même tout original a une copie et « l'icône en est un rappel. » De même encore que l'Ecriture sainte est la représentation en mots, l'image de l'histoire sacrée, de même, l'icône en forment la représentation en couleurs et en lignes.
C'est pourquoi l'icône - l'image - n'est pas une copie de celui qui est représenté mais un symbole par lequel nous pouvons nous élever jusqu'à atteindre la divinité. L'icône joue le rôle d'intermédiaire mystique entre le monde terrestre et le monde céleste.
Le VIIe Concile oecuménique exige de l'iconographe qu'il respecte scrupuleusement les canons. Les canons iconographiques réglementent en effet à la fois le caractère et les moyens de la représentation des scènes religieuses et des images des saints : l'icône est en effet porteuse et gardienne de la tradition ecclésiale et toute violation des canons iconographiques apparaîtra comme déviance par rapport à la tradition, adhésion à l'hérésie.

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