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La
célébration de la naissance du Christ a été
introduite dans le calendrier ecclésiastique à une date
relativement tardive. L’Église des premiers siècles
insistait sur l’Épiphanie, première manifestation
glorieuse du Sauveur, plutôt que sur sa naissance, événement
en quelque sorte privé et enveloppé d’une certaine
pénombre, – quoique cette pénombre fût déjà
traversée par des rayons de la lumière divine. Dans la vie
liturgique des Églises orientales contemporaines, l’Épiphanie
continue à avoir la pré-éminence sur Noël, et
cette pré-éminence se remarque aussi dans la piété
populaire. L’Occident latin assigne officiellement à l’Épiphanie
une place qui n’est pas inférieure à celle de Noël
; mais la dévotion des fidèles s’est définitivement
concentrée sur cette dernière fête ; il semble même
que, pour la plupart des catholiques latins, des anglicans et des protestants,
Noël soit devenu plus important que Pâques. Fidèles
à la tradition primitive, nous considérons l’Épiphanie
comme la célébration la plus haute et la plus complète
de la venue de Notre-Seigneur parmi les hommes. Mais nous nous garderons
de méconnaître cette inspiration du Saint-Esprit qui a poussé
la communauté chrétienne entière à mieux contempler
et mieux honorer la naissance même de Jésus. Nous nous efforcerons
de recevoir de tout notre cœur le message et la grâce propres
de Noël. Nous verrons dans la période qui va de Noël
à l’Épiphanie un temps de fête indivisible,
dont Noël est le point de départ et l’Épiphanie
le point culminant ; la prolongation de cette célébration
nous offre des possibilités accrues de nous convertir à
Celui qui vient.
Les matines de Noël sont chantées, soit le soir du 24 décembre
soit le matin du 25 décembre. On y relit l’évangile,
déjà lu pendant les " heures royales " du 24 décembre,
qui rapporte le message de l’ange à Joseph (Mt 1, 18-25)
; on chante l’hymne angélique : " Gloire à Dieu
au plus haut des cieux et paix sur la terre… " et les odes
spéciales de la Nativité. Au cours de la liturgie de Noël,
on répète, au lieu du Trisagion, l’antienne formée
des paroles de Saint Paul : " Vous tous, baptisés dans le
Christ vous avez revêtu le Christ (Ga 3, 27) ". C’est
de la même lettre aux Galates (4, 4-7) qu’est tirée
l’épître du jour : " Quand vint la plénitude
des temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme… Et
parce que vous êtes des fils, Dieu a envoyé dans vos cœurs
l’Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père ". L’Évangile
(Mt 2, 1-12), déjà lu la veille, est celui de l’adoration
des Mages. Le début de la bénédiction finale de la
liturgie est modifié de la manière suivante : " Le
Christ, notre vrai Dieu, qui est né dans une crèche et fut
étendu dans une mangeoire, pour notre salut… ".
Nous citerons quelques unes des paroles chantées aux matines de
Noël, pour montrer quel esprit anime l’Église en cette
fête :
" Aujourd’hui toutes les créatures seront remplies de
joie… Acclamez Dieu, toute la terre. "
" Tu as fleuri de la vierge… comme la verge sortie de la racine
de Jessé et comme sa fleur… ".
" À ceux qui sont pris dans la nuit des œuvres d’un
égarement ténébreux… accorde, ô Christ,
l’expiation… "
" J’ai été percé par les flèches
du tyran et je cherche un refuge en toi, ô Christ, qui a vaincu
le malin… "
" Après avoir contemplé les figures sans éclat
et les ombres détournées du Verbe, ô mère toute
pure, maintenant qu’il vient de sortir de la porte fermée
et que nous sommes jugés dignes de la lumière de vérité,
nous bénissons votre sein… ".
" Notre Sauveur nous a visités du haut des cieux, de l’Orient
des Orients, et nous qui étions dans les ténèbres
et l’ombre nous avons trouvé la vérité…
".
On remarquera ici, une fois de plus, la tendance de l’Église
byzantine à penser au Christ en termes de Lumière. Les chrétiens
byzantins n’oublient certes pas que le Verbe est devenu un petit
enfant couché dans une crèche ; mais, tandis que les chrétiens
d’Occident semblent s’attacher avec prédilection (depuis
le moyen-âge) à ce petit enfant en chair et en os, l’Orient
voit surtout dans l’Incarnation l’apparition de la lumière,
son triomphe sur les ténèbres, notre propre conversion de
la nuit du péché à la clarté divine. L’Orient
veut contempler la réalité éternelle qu’exprime
l’événement historique. Cette spiritualisation de
Noël, cet état d’âme très différent
de celui (non moins légitime) de la plupart des chrétiens
occidentaux trouve sa formulation parfaite dans le tropaire de la Nativité
:
" Ta Nativité, Christ notre Dieu, a fait luire dans le monde
la lumière de la connaissance ; c’est par elle, en effet,
que les adorateurs des astres ont appris d’une étoile à
t’adorer Soleil de Justice et à te reconnaître comme
l’Orient descendant du Ciel, Seigneur, gloire à Toi ! " |